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L'enfant chat de schrödinger

LIEN VERS LE SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG

SECTION Nouvelles, Journal et portraits intime

 

Le chat de Schrödinger

 

J’ai toujours détesté l’expérience de pensée du chat mort-vivant de Schrödinger.

Mon motif est qu’elle veut illustrer une superposition quantique de deux états différents et simultanés alors qu’en fait elle repose sur le manque d’information de l’observateur. Typiquement dans la dimension rationnelle, un chat est mort ou vivant et l’expérience proposée ne fait que cacher à l’observateur l’état du chat, il ne superpose pas les états quels que soient les subterfuges utilisés pour compliquer la connaissance de ces derniers.

 

Un enfant

 

Il y a 25 ans, le 14 octobre 1989, à six heures moins le quart du matin, je prenais dans mes bras mon premier enfant. Il était tout rond, blond, rose… Beau.  

 

J’ai encore en mémoire l’odeur de sa fontanelle, l’odeur  du parfum des anges.

C’était un Amour enfant de l’amour.

 

Ce bébé, nous l’avons élevé à notre manière, dans l’affection et dans l’idée de progresser, de toujours mettre un pied devant l’autre.

 

Je crois pouvoir dire que j’étais un papa poule, un vrai. Ma compagne était une executive woman. Une mère attentive, mais ambitieuse.  J’ai donc résolu d’être celui qui serait à la maison. Jamais je n’aurais accepté de reproduire ce que j’avais vécu, être gardé, élevé  par des femmes de ménages…

 

Deux ans plus tard arrivait un deuxième garçon, puis une fille.

 

Je ne parlerai aujourd’hui que du premier, même si tous les trois sont des êtres merveilleux.

 

Lui devait toujours bouger, il ne supportait pas l’immobilité, le seul moment de tranquillité qu’il nous laissait, était le biberon. Oui, l’inverse des autres bébés : Nous avions mis au point un système, où on le calait dans son transat, avec une serviette roulées des deux côtés, on créait une ornière sur son ventre où on callait son biberon. Et dès les premiers mois, il se débrouillait pour le boire seul, attrapant lui-même la tétine, pour s’arrêter ou reprendre, nous laissant ainsi quelques répits.

Dès qu’il avait terminé, il fallait le reprendre, le porter, le faire bouger.

 

Nous avions défini ma compagne et moi quelques principes éducatifs de base que nous tenions à appliquer. En quelques mots, nous voulions des enfants rois, dont nous résolvions les soucis et anticipions les désirs.

Nous voulions les rendre curieux de tout, les faire aller de l’avant et les rassurer affectivement, ne jamais leur mentir. Les faire devenir ce qu’ils portaient en eux, ne pas leurs projeter nos désirs.

 

Mais pour un enfant, être rassuré est aussi connaitre ses limites d’évolutions, avoir des interdits. Des limites claires et définies.

Avec celui-là, comme avec les deux autres, les interdits ont été simples à poser.  Beaucoup de oui, très peu de non, mais les non étaient réfléchis, justifiables et définitifs.

 

Comme il lui fallait toujours de l’action et du mouvement, j’avais fini par toujours le prendre sur mes épaules, sa tête posée sur la mienne, ses doigts dans mes cheveux, il restait perché comme un petit koala. Je marchais, je cuisinais, je travaillais et je faisais même de l’escalade sur des blocs avec lui ainsi perché. Nous passions des pactes tous les deux pour être sûr qu’il ne me perturbe pas dans les moments un peu difficile.

Il est resté cinq ans la haut, il détestait marcher !

 

Un jour, en faisant les courses, j’ai retrouvé sa mère, seule dans le magasin. J’étais sûr qu’il était avec elle, et il ne l’était pas.

Effrayé, terrorisé même, je lui ai demandé si elle savait où il était, elle a compris que je ne plaisantais pas et que j’étais vraiment mal, elle n’a pas osé me faire marcher : J’avais juste oublié que je l’avais sur les épaules.

 

A quatre ans, je l’ai emmené voler avec moi en parapente. Harnaché bien sûr, on a même ajouté des lacets pour lui ajuster une sellette à sa taille.

Quatre ans parce que je voulais avoir son consentement éclairé, et comme pour mes deux autres enfants ensuite, il m’a semblé que c’était l’âge où le non, le refus ou l’inquiétude pouvaient être exprimés.

Tous n’ont eu que l’envie.

Nous avons fait le tour du lac de ma vallée chérie des Pyrénées. Nous regardions notre reflet sur l’onde 600 mètres en dessous, et suivions  les oiseaux, les troupeaux dans les alpages.

 

Pour son anniversaire des cinq ans, le 14 octobre de la même année, sa mère avait dans ses stagiaires en création d’entreprise, un ex-pilote d’hélicoptère de l’armée de terre qui voulait s’installer comme instructeur. Il avait acheté son hélico et elle avait négocié avec lui, un prix pour décoller de chez lui, survoler le village, son école où tous ses amis étaient dans la cour pour lui faire coucou et se poser dans notre jardin où l’attendaient ses invités. 10 minutes de vol où il est devenu le héros du village, la fierté de ses copains.

 

 

Puis petit à petit, le bébé s’est transformé en enfant, l’enfant en ado, l’ado en homme.

 

Il n’était pas un élève brillant, comme ces petits génies toujours premiers, mais il avait cette habitude de travailler et de progresser. Il commençait l’année scolaire doucement, moyen, voire faible, et au fur et à mesure, il gagnait des places. Jamais premier, juste dans la bonne moitié.

Et il allait au fond des choses.

Passionné de dinosaures, il s’est mis à collecter des livres, à les lire, il est devenu spécialiste, connaissant les espèces, leur répartition géographique, les théories des extinctions, leur chaîne trophique.

 

 Quand nous avons quitté notre tout petit village de l’Hérault pour arriver à Ville d’Avray, juste à côté de Paris, il était en CM2, c’était mardi gras. Nous avons fait un costume en carton et en crépon vert : Un tyrannosaure. Avec sa culture encyclopédique du sujet, il s’est fait immédiatement intégrer, comme le Monsieur dinosaure de l’école. 

 A ses treize ans, nous sommes allés à Mèzes à côté de chez nous dans l’Hérault. Nous avons rencontré le directeur du musée qui exploite le site paléontologique dans l’espoir d’en sortir un squelette d’une nouvelle espèce. Nous les avons laissé discuter tous les deux, quand nous sommes revenus, le gars nous a dit amusé, que notre gamin avait une assez bonne culture sur les dinos mais un peu trop américaine, du fait que la plupart de livre de vulgarisation français, étaient des traductions de la vague d’ouvrages qui avait déferlée aux USA dans le sillage de Jurassic Parc, il lui a donné une liste de titres de référence.

Ils avaient quand même palabré près de  trois quarts d’heure tous les deux !

 

Trois enfants, trois être différents et passionnants.

 

Ce qui caractérise celui-ci, c’est une capacité à aller au bout de ses projets, sur des semaines, des mois, des années.

 

Lycée, il se met à l’aïkido avec sa bande de pote

 

Première, vacances d’été, mois d’Août, après un mois de juillet pas mal occupé, tous ses amis sont absents. Il reste et je le vois tourner  en rond pour la première fois de sa vie, une semaine durant. Je lui paye un aller-retour en bus EuroLine pour Londres, il part sac au dos. C’est la seule fois je crois ou j’ai été aussi intrusif dans ses projets.

Il revient, ravi, des souvenirs plein la tête.

 

Bac S, il veut faire taupe…

 

-heu, c’est quoi taupe ?

 

-prepa math sup, math spé. On appelle ça taupe parce que pendant deux ans, tu ne vois plus le jour. Après tu as les concours grandes ecoles : polytechnique, Mines, SupAéro, SupElec et toutes les autres….

 

-Tu es sûr que tu veux vraiment ?

 

-oui.

 

Il postule, sa mère l’aide à sélectionner l’école, il est pris en prépa.

Pour moi, l’horreur. Pour lui, un challenge.

Je déconseille à tous de pousser un gamin qui n’est pas volontaire dans cette voie. Certains élèves s’y suicident sous la pression et ce n’est pas une légende.

Debout à 6h15, train à 7h, une heure de transport début des cours à 8h, fin à 13h, reprise à 14 fin à 18, une heure de transports, repas, une demi-heure de détente à 8h devoir jusqu’à minuit ou minuit trente. Deux Samedis matins sur quatre, colles, samedi après-midi détente, pas de sortie après 22 heures. Le dimanche grasse matinée, travail, deux heures de sortie, travail.

Il perd des kilos, il est pale, les yeux rougis, ses mains trembles et sa vue baisse.

 

Le prof de math l’a pris en grippe. Pendant huit mois chaque devoir rendu est assorti d’un :

 

- vous êtes nul, vous perdez votre temps, vous perdez une année, allez en fac, vous y serez à votre place, vous n’êtes pas fait pour être ici.

 

Je n’ai jamais autant haï un prof que celui-ci.

 

Et l’effectif passe de 36 à 35,32, 30, 28,27,24… Il s’accroche. Concours de première année, entrainement pour la suite, il est admissible aux petites Mines. Le prof de math révise enfin son jugement.

Il continue, math spé.

Son seul loisir l’Aïkido trois heures par semaine. Il passe sa ceinture noire, je le vois pratiquer pour la première fois et je découvre un chat. Il est debout avant que son partenaire ne soit remis, il épuise ses coéquipiers  qui miment les prises, il chute, roule et se relève, déjà en garde.

Il passe à son tour, ceinture noire.

 

Révision…

 

Concours : parc florale de Vincennes,   5 000 gamins de vingt ans y débarquent ensemble, une marée humaine.

 

On se lève à 5 heures pour être sûr de ne pas avoir de bouchon. A 6 heures, sur le parking du château, on essaye de redormir un peu, à 7 heures on va prendre un café, 8 heures début, je reviens pour 18 heures.

Périf, bouchon, manger, sommeil, on recommence. 5 semaines durant

Un matin, un accident… trois voie de bloquées sur 4, les voitures passent une à une. Je calcule, la file et le temps restant…

 

-ne t’inquiète pas, on est toujours bon. Essaye de dormir, on sera à l’heure.

 

Fin des concours, repos, angoisse

Résultats.

Rang ?

Oui, pas mal, faut voir…

ça aurait pu être mieux.

Dûr pour le groupe 1.

Liste de vœux, refusé, liste d’attente, quantième ?

 

Clôture… Non !

 

Il n’était pas assez près, il vaut mieux que ça, il veut cuber…

 

-Heu, ça veut dire quoi  « Cuber »?

 

-Doubler math Spé

 

-Tu es sûr ?

 

-Oui

 

-OK

 

 

-Dis, ta mère a emmené ton dossier à Versailles. Tu es pris, ce sera plus près que le XVème, en scooter. Tu gagnes 1 heure 20 de transport par jour.

 

Pour les concours, on a compris. Dès le début de l’année, je cherche les hôtels les plus proches des centres d’examen et déjà sur les dates les chambres sont rares.

Je réserve.

Grosse différence d’approche entre les deux prépas, ici pas de découragement, des cours, beaucoup de travail et des conseils pour passer les concours. Les dates approchent. Surtout pas de rhume, pas d’accident. Angoisse de perdre trois ans d’effort.

On va à l’hôtel, la veille. Deux réveils pour dormir tranquille, sûr d’éviter la panne. On fait l’aller-retour à pied vers le centre d’examen

 

-Tout est bon ?

Ok. Un repas léger et surtout, tu essayes de dormir tôt, bises et Merde !

 

5 jours plus tard, je vais le chercher, bien sûr sa mère l’a appelé tous les soirs.

 

Quatre autres semaines de concours…

 

-Alors ?

 

-Mieux, mais différent. Alors comment savoir ce qu’ont fait les autres...

Je préfère ne rien dire, on verra les résultats.

 

 

21 ans que je le pratique, s’il avait tout foiré, il l’aurait dit, mais entre ça et réussir il y a pas mal de marge.

 

Attente…

 

Attente…

 

Attente…

 

Ordinateur, internet…

 

Résultats…

 

Liste d’attente Polytechnique, liste d’attente SupElec,  Mines OK ! Et plein d’autres écoles le veulent. Il a eu le sésame ouvre-toi, c’est la caverne d’Ali Baba

Wooowh !

 

Lui est déçu pour polytechnique.

 

Liste d’attente, on y croit, mais en fait, celle-là, quand on y est pris on ne refuse pas et en 10 jours, juste deux places de gagnées sur une quinzaine qu’il aurait fallu, ce sera les Mines.

 

Intégration : rando en refuge dans les alpes, bivouac, assez loin des beuveries des Ecoles de Commerce.

Maison des Elèves…

Après l’effort, le réconfort, les fêtes, les associations…

On le retrouve après un mois et demi, métamorphosé

Il apprend à ses frère et sœur à faire fondre des bonbons stroumpf et à y diluer du Whisky avant de les remouler. La vodka piment, aussi…

Ça ne sert à rien, c’est dégueulasse, mais c’est très drôle de voir la tête de celui qui en boit, surtout en fin de soirée !

 

Moi je lui parle d’  « Officier et gentleman »… c’est très bête mais je pense à ce film où les filles se font mettre enceintes par des élèves pilotes de l’aéronavale américaine pour se faire épouser ensuite et sortir de leur misère.

 

Sors couvert mon bébé…

 

Et excuses-moi de te prendre encore et toujours, pour mon bébé à 22 ans passé.

 

Trois ans d’étude, des potes, du sport.

Avec son association, il s’occupe de remettre en usage l’ancien uniforme d’Ingénieur Civil des Mines de l’école qui l’avait abandonné.

Me faire ça à moi, ancien antimilitariste !

 ;-)

 

Dernière année, sept mois au Japon, une japonaise : Vert Emeraude.

 

Le japon…

 

Sendaï, Université de Tohoku… 200 km au nord de Fukushima, un an après le tsunami.

Arrivée difficile, que des chinois qui restent en cercle fermé et quelques Japonais, qui parlent… Japonais

Lui parle anglais, espagnol, un tout petit peu de japonais. Trop peu… dommage

Skype, la chambre fait 6 m², dans une barre d’immeuble, il fait gris, La ville est  animée, mais il pleut.  Moral dans les chaussettes, moi aussi…

Mais je sais. Je sais que l’acclimatation est difficile mais une fois passée, il va s’ouvrir et se régaler, il me ressemble.

 

Jour deux, jour trois, plus de nouvelle, bonne nouvelle.

 

Avec les cours, il s’est trouvé des cercles anglophones et il se perfectionne en japonais et en japonaise.

C’est parti pour sept mois nipons : couch surfing, road trip, Saké, Karaoké, du riz beaucoup… Il vole en parapente au-dessus des rizières enneigés, étude quand-même, cours magistraux en anglais.

Des copains, des copines, Vert Emeraude

Deux skype en 7 mois

 

-Tu es complètement bilingue anglais. Et en japonais, tu assures ?

 

- ben oui…

 

-excuse-moi, je n’avais pas suivi…

 

Retour stage, rando avec des potes dans les Ecrins et décision de projets : Trails of Life.

 

Ça faisait déjà longtemps qu’il nous avait dit qu’il ferait un break, après ses études, une césure d’un an. Ce sera un tour du monde.

Des réunions s’organisent, ils sont trois, les deux autres  sont une année en arrière de lui. Ils partiront en septembre 2014, après la 3ème année des deux retardataires.

Il n’y a plus de temps mort…

 

Nous avons de grandes discussions, il lit mes écris, pas mon journal trop intime à son goût, mais ma genèse, la Pierre noire, lui plait, l’emballe même. Il essaye de me vulgariser l’entropie. Ce doigt de Dieu, comme l’ont appelé quelques grandiloquents. Effectivement, l’entropie en dissipant l’énergie sous toutes ses formes est ce qui interdit le mouvement perpétuel et surtout empêche toutes les équations de grimper vers l’infini, elle dessine le contour des nuages, donne la finitude aux objets. C’est un sujet de réflexion extraordinaire…

 

Plus de temps mort…

 

10 jours sans rien de prévu, il part en stop avec un de ses compères vers Budapest, pour rien, pour l’aventure, pour les rencontres, le fun.

France, Suisse, Allemagne... Ils arrivent à l’est de  l’Autriche en 4 jours, trop court pour Buda. Demi-tour retour par l’Italie pour changer. Ils découvrent que le stop n’y ait absolument pas pratiqué : trop de délinquance, peut-être… sans doute.

24 heures bloquées près du Simplon, ils dérogent à leur règle et prennent un train pour Nice, avec un stop à Milan.

Re-stop vers Lyon, les potes, retour en train à Paris, pile à l’heure.

 

Trails of life prends corps.

Ses deux autres compagnons partent ensemble en Suède pour leur 3éme année, lui entre au CEA, ingénieur en Sureté Nucléaire, ça en jette !

Il ouvre des containers de stockage pour découvrir ce qu’on a oublié qu’on avait mis dedans en 1950, quand je veux l’embêter, je lui dis qu’il est videur de poubelle.

Ça l’énerve, mais ça m’amuse de le taquiner !

 

J – 6 mois.

 

Il rejoint les deux autres en suède, ils construisent le site, ouvrent la page Facebook, se partage les taches, la chasse aux sponsors est ouvertes.

Rétro-planning

C’est un projet en mode ingé, les sacs sont inventoriés, le matériel, les étapes, il faut des partenaires…

La carte évolue au gré des découvertes géopolitiques, médicales, climatologiques et des saisons en fonctions des dates prévues,  je vois les épingles passer de Bamako à Nairobi

 

Il faut aussi un but.

Ce sera un voyage à la découverte des peuples reculés pour voir  l’influence des nouvelles technologies sur leur mode de vie.

 

J- 3 mois, le clash !

Les deux suédois temporaires se brouillent pour une histoire de fille. L’un ne part plus…

La carte du monde dans l’escalier change, ce ne sera plus un tour des cinq continents mais juste l’Afrique, l’Australie, l’Indonésie, la Malaisie, l’Asie et retour par l’Est, toujours sur un an

 

Juillet :

 

-Vous savez les gars, c’est votre projet. Vous n’avez rien à prouver. C’est à vous de voir, si vous le maintenez. Vous êtes maitres de vos décisions…

 

Les réunions et les échanges, se multiplient, le calendrier à rebours est lancé. Le site de financement ouvert, des conférences dans des écoles primaires, à l’école des mines aussi.

 

Août :

Les premiers Visas, premières difficultés concrètes : pas de billet de sortie égal pas de Visa pour le Kenya, Idem pour la Tanzanie, oui mais comme il s’agit d’un Trail, il n’y a pas de billet d’un pays à l’autre, et en plus l’Afrique du sud était facultative dans l’itinéraire. Comme il est impossible d’y bivouaquer, l’idée était d’y aller en passage, de prendre le billet pour l’Australie en fonction de la facilité à y rester ou non…

Mais l’aventure a ses règles, c’est elle qui les imposent. C’est l’exact contraire de l’organisation d’une agence de voyage :  L’alternative est la suivante, soit ils présentent le billet de sortie d’Afrique vers l’Australie et partent avec le visa, soit il demande le visa à l’arrivée de l’avion à Nairobi, avec le risque de se faire refouler.  La décision est prise, le billet  Johannesburg-Sydney en décembre aussi.

Les visas sont accordés, mais le Mozambique pose encore un problème, la validité de son visa est de deux mois et ils n’y passeront sans doute qu’en décembre. Ils verront sur place, soit ils trouveront un visa soit, ils shunteront l’étape, comment ? ben on verra…

Beaucoup d’incertitudes, mais un moral d’acier.

 

Septembre :

Départ prévu le 23. Chez nous, problèmes familiaux, crise de couple, mariage, maladie des proches, divorce, enterrement tout y passe.

 

-Soit égoïste mon fils. En ce moment, tu ne dois penser qu’à toi et à votre projet, ne pas faire d’erreur, d’oubli important…

Laisse tes imbéciles de parents se débrouiller, ce n’est plus ton problème

 

En fait, je suis mort de trouille.

 

Ma femme sans doute aussi, on ne se parle plus, on ne sait plus ce que ressent l’autre. Je la connais suffisamment pour savoir que la trouille incommensurable qu’elle doit avoir comme moi, peut être à l’origine de beaucoup de nos colères. On ne gère pas tous la peur de la même manière.

 

Il part à Grenoble boucler les préparatifs, je préfère.

 

J-2 semaines, un mariage est programmé le 20 dans ma famille, l’occasion, pour lui de faire ses aux revoir. C’était prévu ainsi, il avait volontairement fixé le départ à suivre le 23.

Mais l’aventure à ses règles….

Son grand Oncle, qui lui a servi de grand-père maternel fait un AVC, il est à l’article de la mort.

On ne sait plus si ce sera Mariage ou enterrement

 

j-4 jours, l’oncle a eu un regain de vigueur, ce sera mariage et fête d’adieu. Tant mieux !

 

j-2 jours retour à Ville d’avray

 

J-1 jours. Son compère arrive, il est très tendu. Ses adieux familiaux de la veille ont libéré les peurs. Le gars qui devait les accueillir à Nairobi, prévu depuis un mois par internet veut maintenant de l’argent, il faut réussir à le joindre pour clarifier ; On mange ensemble. C’est moi qui parle.

 

-Vous savez, l’important est de vous sécuriser à l’arrivée. Vous n’êtes tenus à rien, ni au un an, ni à l’itinéraire. Il n’y a pas besoin de visa pour revenir en France. Et si vous avez besoin de 2 jours d’hôtel pour prendre vos marques, prenez-les.

Son ami reprend :

-C'est vrai, si ça va mal, rien ne nous interdit, de revenir ici et de reprendre le périple dans trois mois de Sydney.

Je renchérie

-Il vaut mieux dépenser un peu au début et s’assurer le bien-être que vouloir à tout prix tenir un budget à 5 euros par jours où vous vous enquiquinerez pendant un an

 

Le poids s’allège. On plaisante. Ils se donnent du courage en s’autorisant des solutions pragmatiques, qu’ils avaient jusqu’à présent bannies de leur projet.

 

 Je leur rappelle deux trois conseils, notamment par rapport à la police, ne jamais proposer d’argent, mais toujours demander s’il n’y a pas un moyen de faire différemment, d’éviter les paperasses… et la solution vient d’elle-même. Si tu proposes à un inconnu de le payer il peut croire que tu veux le coincer.

Quant au montant, un policier gagne un peu moins de 300 €, avec 10 euros, il a gagné sa journée, commencez par 5.

 

Deux, trois courses encore. Ils sont passés par le vieux campeur, ont acheté des fournitures de dernières minutes. On plaisante. Je m’aperçois que des formalités importantes ont été oubliées comme de me donner procuration sur le compte d’assoc pour pouvoir faire un virement demandé par sms ou mail.

Il fait beau, je garde le sourire, mais partir un an avec juste neuf kilos de matériel...

Ils passent leurs linges à l’anti-moustique en plaisantant, ils sont beaux.

 

Jours-J

Je presse la banque, on boucle les urgences. Il faut aller signer les procurations. Ma femme n’ira pas à Roissy, elle  partira voir son oncle, son avion part d’Orly. Je ne pense pas qu’elle aurait tenu les adieux, je suis même sûr que non.

Téléphone.

Je prends mon fils à part.

 

-Ton oncle est décédé ce matin, c’est triste, mais c’est une délivrance. Prends sur toi. Je prèfère te le dire de vive voix ici et te dire que nous allons gérer cela sans toi, que de t’envoyer un message sans savoir dans quelles conditions tu seras pour le recevoir.

Ce décès boucle tes affaires en cours, maintenant ne pensez qu’à vous, profitez et gérez.

 

Plâtrée de Girolles, je veux qu’ils aient envie de revenir, on ne parle plus des problèmes !

 

Sandwich pour l’aéroport

 

On y va, enregistrement.

 

-surtout finissez le piquenique avant de passer sous douane. Allez, je vous embrasse et je vous laisse, à vous de jouer.

 

Ascenseur …

 

Voiture…

 

Ticket

 

Musique à fond

 

Ça y est je peux, enfin,  ma vue se brouille, je hurle plus fort que la musique…

 

Derniers messages

 

De lui  le 26/09 :

 

- Juste un petit mail pour dire que tout va bien. Nous sommes dans la capitale du Kenya, Nairobi. On loge pour le moment a l'Est de la ville, chez notre contact de couchsurfing David O.
Pour les prochains jours, on pense aller vers El Doret.

Voili, voilou,

 

De moi le 29/09 :

 

- Salut mon bébé, je n’oublie pas que je te dois 65 € des cartouches d’encre, mais j’attends de voir si tu es vivant avant de virer, parce que si tu es mort, ça ne sert à rien,

 

Tu es mon chat de Schrödinger, mort et vivant en même temps, tant que je n’ai pas vérifié, tu es les deux à la fois.

 

Je t’embrasse

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Je déteste l’expérience de pensée du chat de Schrödinger

 

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PS: en même temps que je poste ce billet, il semble finalement que je doive effectivement lui rembourser ses 65 €, les nouvelles du trail sont arrivées par deux photos, il y a 2 heures, à priori il ne travaille pas sous la contrainte en épluchant des légumes, nous avons un code secret, s'ils sont forcés de tourner ou poser sous la menace...

 

Les liens pour les suivre :

Page de trails of life live 

https://www.facebook.com/TrailsLife?fref=ts

 

le financement participatif

http://fr.ulule.com/trails-of-life/

 

Le site du projet

http://www.trailsoflifeproject.com/

 

LIEN VERS LE SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG

SECTION Nouvelles, Journal et portraits intime

@paroledepullip 04/10/2014 13:23

Il parle japonais > < !!!!! Nya (*´∀`*)Je suis persuadée que les gens qui parlent japonais ne peuvent que être heureux dans leur vie (*^-゚) C'est un système de pensé différent, d'ailleurs je me demande comment le fait d'avoir une compréhension poussée des maths peut influencer la façon dont on aborde les langues étrangères vraiment différentes de la notre (l'anglais ne pose pas du tout ce problème).