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La logique de Darwin

LIEN VERS LE SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG

 

SECTION Religion, Philosophie, Science

 

 

J’ai évoqué dans « pourquoi on meurt » la logique darwinienne.

 

Ce qui est intéressant avec Darwin, c’est qu’il a amené une révolution dans la manière de voir le monde dans la philosophie occidentale. Avant lui le monde était finaliste, création Divine, issue de la volonté du Divin. Après lui, le vivant évoluait seul par l’erreur, le hasard et la sélection de l’erreur utile. Un autre univers de pensée !

 

Bien entendu, cette conception n’est pas uniquement Darwinienne, elle reflète une pensée qui s’est ouverte après le 15ème siècle après la découverte de terres nouvelles, de techniques nouvelles et l’émancipation de la science par rapport aux dogmes religieux.

 

Ce qui pose encore problème aujourd’hui pour que cette logique soit universellement acceptée, c’est qu’elle n’est pas facile à corroborer avec l’ensemble des actions finalistes du vivant qui nous entoure, et pourtant le hasard, le non déterminisme du chaos, peut créer du sens et le sens, du finalisme !

 

Je vais essayer ici de vous l’expliquer de la manière la plus simple que je puisse. J’essayerai  aussi de ne pas trahir ni vous lecteurs, ni la science en notant d’abord le chaînon manquant de la théorie global du vivant.

En revanche, je vais m’affranchir d’une obligation scientifique en ne citant aucune des références des expériences que je cite, il vous suffit d’utiliser la super mémoire assistée collective qu’est internet pour, par exemple, taper « Soupe pré-biotique » et tout connaitre des paramètres exacts de l’expérience et de ses auteurs.

 

La limite du savoir

 

Le chaînon manquant de la théorie globale de l’évolution est justement l’apparition de la première cellule à s’être divisée. LUCA  Last Universal Common Ancestor ou en français, Dernier ancêtre commun universel. En fait de dernier, ce serait plutôt le premier dans le sens de l’évolution, mais je pense que les scientifiques ne résistent pas à la poésie des mots et trouvent Luca plus joli que Fuca ;-)

 

Pour être très clair, sur ce chainon manquant :

 

Les scientifiques ont cru résoudre le problème de l’apparition de la vie terrestre au début du 20éme avec l’expérience de la soupe prébiotique où des éclairs ont fait apparaitre les premiers acides aminés à partir d’un mélange de gaz, d’eau et d’éléments primaires.

 

Après avoir crié victoire, ils se sont aperçus que la distance qui sépare les briques que sont ces acides aminés, ces molécules complexes qui construisent la matière vivante, de la première cellule (qui serait alors, en conservant la même image, un immeuble, avec réseau câblé, murs fenêtres, isolation… et plan d’assemblage) est à peu près aussi grande que la distance qui sépare cette cellule LUCA de Einstein !

 

Ce n’est donc pas un chaînon qui est manquant, mais bien une chaine complète qui permettrait de résoudre cette question du « Comment ? »

 

J’ai pour ma part deux intuitions que je vous donne comme telles,

 

Je suis intimement persuadé que les variations du vivant sont plus rapides qu’on l’imagine en général. L’humain était l’équivalent d’un rongeur, il y a 60 Millions d’années, après des séparations en une multitude de mammifères différents,  Il est passé de l’état de primate évolué au pilote de chasse supersonique en moins de 1 million d’année, ce qui n’est rien en temps, rapporté à 4,5 milliards d’années.

On sait par la géologie, la tectonique des plaques et l’astronomie que notre terre a connu plusieurs cataclysmes majeurs qui ont été des fins du monde quasiment complètes tous les 250 millions d’années environs

 

La première de mes intuitions est donc que la terre, planète tectonique, est un palimpseste où le vivant qui vit dans les zones les plus stables, les plus protégées de la planète, à savoir, les profondeurs des fosses marines recouvertes de kilomètres d’eau protectrice et isolante, remonte par convection lorsque le volcanisme s’emballe et réensemence les mers et ensuite les terres dès que les conditions le permettent

 

Cette intuition est confortée par la découverte d’êtres vivants pluricellulaires, en 2011, au Congo. D’après les datations toujours en cour de vérification, ces fossiles seraient du premier milliard d’années de vie de notre planète et contredisent l’idée d’un vivant resté unicellulaire pendant 3 milliards d’années et ayant d’un seul coup trouver le chemin des spéciations pluricellulaire, il y a 800 millions d’années, qui est l’hypothèse la plus souvent retenue, sur un sujet très peu connu et difficile à explorer.

 

Et elle explique aussi que le vivant réapparaisse après des cataclysmes majeurs où des géo croiseurs massifs tombent sur notre planète, créent  des raz de marée plus haut que les montagnes, qui, faisant plusieurs fois le tour de la terre, rincent les continents, font déclencher des écoulements de laves clastiques, enclenchent un volcanisme massif à cause de l’onde de choc et provoquent un hiver de plusieurs millions d’années en obscurcissant la stratosphère par des millions de mètres cubes de poussière en suspension.

 

Ces cataclysmes majeurs modifient tellement massivement les caractéristiques chimiques de l’atmosphère et des eaux de surfaces, qu’ils doivent en toute logique s’accompagner d’un renouvellement de presque tout le vivant existant précédemment.

 

L’autre intuition est une hypothèse que ne m’appartient pas et n’est pas vérifiée encore :

Il y aurait au sein du volcanisme des fosses marines, dans certaines conditions de pression et de température, des réactions chimiques et physiques où l’eau perfuserait dans des roches riches en carbone et métaux qui avec l’oxygène et l’hydrogène de l’eau contiendraient et créeraient des acides aminés

Ces perfusions lentes dans des fissures, comme dans un cocon, pourrait conduire à un phénomène d’assemblage darwinien des composants par l’erreur utile, et produire de temps à autre une ou plusieurs proto-cellules susceptibles de se reproduire.

 

LUCA

 

Ces deux hypothèses sont assez belles, esthétiquement parlant, et elles ouvrent des pans de philosophie sur l’origine tellurique de la vie. Elles n’influent pas sur la suite de mon raisonnement qui commence avec LUCA et utilise la logique Darwinienne, que je vais commencer par redéfinir.

 

La logique darwinienne appliquée à partir de LUCA, impose qu’il ait eu le pouvoir de se diviser en deux par une mémoire de construction séparée et interne appelée ADN. Ces deux LUCAS consommaient une molécule qu’ils transformaient en une autre pour avoir la possibilité de se régénérer.

Cette molécule était abondante, pour la simple raison que si elle ne l’était pas, ils seraient morts de faim et le processus se bloquait.

 

La logique darwinienne est au départ une logique causale. C’est parce que les éléments du milieu sont ainsi que le vivant perdure et se reproduit.

 

la mort programmée

 

Ce LUCA devient des millions par ce principe, il devient tellement nombreux, qu’il épuise sa nourriture, un partie de la population meurt de famine et les erreurs de recombinaison commencent à produire des spéciations de lignées. La mort programmée devient déjà utile parce qu’elle adapte le volume de la population à la ressource disponible. (voir pourquoi on meurt)

 

Sans qu’il y ait d’ordre logique, une des premières spéciations utiles est sans doute une espèce qui utilise une alimentation et rejette une molécule inverse de la parenté, la symbiose des deux est une force pour perdurer.

 

Une autre, répandue dans tout le vivant, je vous l’ai dit, est la mort programmée.

 

Associée à la symbiose, elle évite les espèces explosives qui exploitent toute une même sorte de nourriture et transforment radicalement le milieu à une vitesse qui ne permet pas à l’adaptation de se faire. La mort programmée n’empêche pas complètement ce phénomène, mais elle en limite la portée, et par ailleurs, dans cette logique darwinienne toute espèce qui ne mourrait pas et se reproduirait vite sur une planète aux ressources finies irait à l’épuisement des ressources et disparaitrait d’un coup.

 

Et il existe encore une autre raison rendant la mort utile, indispensable même : sur une planète au climat changeant, la perduration de la transmission de gènes tels que la peau glabre, ou le poil court, par exemple, alors que la terre se gèle est un handicap, la mort de ce programme génétique, règle le problème et facilite et accelère l’adaptation de l’espèce.

La mort est indispensable au fonctionnement logique du vivant, elle en est la vitalité.

 

Et l’une des premières fonctions à être sans doute apparue dans les spéciations, c’est la possibilité de se déplacer.

Et là je dois m’arrêter sur l’importance de ce point.

Le déplacement autonome même infime des individus est un atout considérable parce qu’il permet d’aller là où la ressource est disponible et d’échapper à la toxicité de ses propres rejets, mais philosophiquement, c’est encore plus important :

pour guider ses déplacements, très vite l’individus doit mémoriser ce qui est bon de ce qui est mauvais, la nourriture est bien, les rejets sont mal, la vie est bien, la blessure et la mort sont mal.

 

A cet instant précis de l’évolution nait le sens. Le vivant donne un sens à la vie, de causale, il devient finaliste. Il se déplace avec un but et différencie le bon du mauvais. C’est la naissance de la proto-intelligence, une mémoire comportementale et un jugement pour décider.

 

le vivant se sexualise

 

Continuons.
La logique des duplications ADN continue à procéder à des spéciations hasardeuses, des fonctions apparaissent, elles s’associent ; la mémoire architecturale se complexifie et se complète d’une mémoire comportementale et contextuelle et de fonctions de plus en plus avancées de prises d’information sur le milieu.

Déjà, les systèmes vivants modifient l’inerte et interagissent entre eux, la logique finaliste et la logique causale se confronte et plus un être vivant associe de mémoires et de fonctions de prises d’information, plus il devient finaliste, intelligent, utisant ses mémoires, plus il peut aller vers des niches libres. (Je n'aime pas le mot supérieur en matière d'évolution, la bactérie qui restera vivante après que l'homme aura stérilisé son environnement aura peut-être ce sentiment vis à vis de nous...)

Le vivant évolué se nourrit de vivant qui transforme pour lui des matières inertes qu’il ne sait plus, lui, synthétiser, parce que diverse en lui-même, il a besoin d'une alimentation variée pour les différentes cellules associées qui le compose. 
Une chaine alimentaire se créée et fournit des niches nouvelles à des espèces nouvelles qui profitent des anciennes comme une ressource renouvelable.

 

L’évolution s’emballe, le vivant se sexualise ce qui permet une plus grande efficacité de brassage des gènes et d’expression de variations fiables, l’ADN devient progressivement une bibliothèque, en étant Darwinienne l’évolution n’est plus Darwinienne, elle ne se fait plus uniquement par le hasard, elle exprime ou endort des fonctions en fonction des variations de notre planète tellurique, ou plus simplement, des changements locaux.

 

Des langages hormonaux se superposent à la mémoire ADN et mémorise des stratégies comportementales d’accouplement ou de lutte. la sexualité et la victoire entrent dans les sensation de plaisir. Un système nerveux centralisé se develope, le finalisme se fait pensée. Les façons dont l’ADN est transporté pour la reproduction sexuée deviennent un catalogue extraordinaire de stratégies causales ou finalistes selon les espèces. Certaines essaiment, certaines s’aiment, d’autres sèment, les dernières se divisent et se multiplient à la puissance deux

Tant que le milieu reste inchangé et que la stratégie fonctionne pourquoi changer ?

 

Le vivant devient feux d’artifice

 

Les associations inter et intra-espèces créent de nouvelles niches, des unicellulaires vivent depuis le début dans les pluricellulaires evoluées, des pluricellulaires dépendent les uns des autres et forment des systèmes. Ils créent des langages olfactifs, hormonaux, comportementaux. Les plantes élaborent des stratégies avec les insectes pour les attirer et s’en défendre. Les mémoires se transmettent de vivant à vivant, elles se complexifient, et permettent au vivant de devenir de plus en plus finaliste dans un environnement de plus en plus complexe, l’intelligence se renforce chez les animaux, l’analyse du milieu et le finalisme éclairée est un atout considérable pour survivre.

 

Et le vivant devient feux d’artifice, partout il se créée des niches qui créent des places pour de nouvelles espèces, il est sorti de l’eau, il a envahi les terres, modifié l’inerte et le minéral et l’utilise comme substrat, modifie le climat, la composition de l’atmosphère, créée des roches. Il nage, marche, vole, vit sous et sur terre, sur et sous l'eau !

Il migre pendant les glaciations ou il meurt puis revient !

 

D’autres langages apparaissent, un vocabulaire qui permet l’interaction du vivant et les actions complexes concertés. Il devient mémoire transmissible et brique d’intelligence, de représentation abstraite. La conjugaison permet de déplacer la pensée dans le temps, la grammaire structure, hiérarchise le sens, le cerveau se complexifie, les mathématiques se laissent découvrir comprendre. Elles sont l’architecture du chaos, elles permettent de le modéliser, de le reproduire. Tout le vivant est intimement interconnecté en système qui interagisse, les mémoires qui accumulent les savoirs et l’intelligence de les comprendre sont une complexification d’une même logique évolutive

 

Et dans cette logique Darwinienne initialement non finaliste, l’intelligence devient le moyen que l’univers chaotique et non finaliste a trouvé sur une planète tellurique pour pouvoir se contempler et se comprendre lui-même.

 

Sur une et sans doute pas uniquement !

 

Mais permettez-moi d’aller plus loin.

 

La logique Darwinienne de l’évolution, ne s’arrête pas au simple vivant.

En zoomant sur les galaxies de l’univers, on voit partout des événements de logique causale qui modifient le futur. Ils sont lents, mais leurs conséquences sont incalculables.

Je ne développerai pas ici, parce que c’est l’autre côté de l’infini, qui m’intéresse, l’Humain.

 

En le regardant évoluer, je me suis aperçu qu’il prolongeait la logique Darwinienne, non seulement dans son corps mais dans sa pensée, dans son inventivité.

Il ne crée pas des espèces, il crée des spécialités ! C’est la même logique qui préside à son futur. Ses connaissances évoluent, se cumulent, s’additionnent et la science se spécifie, il n’y a plus de chirurgien, il y a des spécialistes de l’oreille, d’autres des dents d’autre de l’estomac, du foie, du cerveau…. Il n’y a plus de naturaliste, il y a des spécialiste des plantes tropicales, des batraciens, des dauphins….

Les philosophes ne peuvent plus être scientifiques complet (l’inverse n’est pas vrai) parce que les sciences ne sont plus de taille individuelle, comme au temps de Pascal. Et le goût de l’humain pour la différenciation décuple ses possibilités d’investigation. Le savoir se spécifie de manière Darwinienne et comme le vivant, il se trouvent des symbioses créatrices de nouveau pouvoir et de nouveau vouloir.

 

Ses inventions respectent la logique évolutive : il faut que le tissu résistant des voiles pré-existe et que les cordes fines et résistantes perfectionnées pour la marine soit disponible pour que Montgolfier teste la poussée d’Archimède et fasse le premier vol humain. D'autres comprennent ce qu'ils a fait, ont d'autres idées, ils créent des symbioses de savoir.

Le moteur a vapeur dégage l’homme de la contrainte de l’étiage des fleuves, il remplace les moulins. Il se miniaturise, il remplace le cheval. Il trouve des niches et se développe en remplaçant ce qui était évolutivement moins aboutit.

 

Au XXème le savoir se spécifie, mais il créé une niche pour les ordinateurs et internet qui indexent tous les savoirs et permet de les retrouver facilement.

 

L’évolution continue, devenue finaliste par l’intelligence humaine qui progresse sans cesse et regarde l’univers qui l’a créée par l’erreur utile et l’incroyable brassage de l’inerte dans une planète tellurique.

Et l’homme n’est pas guidé par le hasard ou par l’intelligence mais bien par les deux à la fois.

Plus il devient intelligent, plus il devient maitre du futur, sauf...

Sauf, si un imprevu efface à nouveau tout ou partie du palimpseste merveilleux, qu'est notre terre. Mais ce n'est pas si grave, le vivant revient (presque) toujours.

 

Pierre Kéliam.

 

SECTION Religion, Philosophie, Science

 

 

LIEN VERS LE SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG

Pierre Kéliam 15/12/2013 14:08

Bonjour Mathias,

Il est toujours agréable de trouver une critique et des arguments sur lesquels réfléchir de bon matin.

Effectivement, bien que je m’efforce de rester rigoureux dans mon argumentation sur des sujets qui sont extrêmement complexes, il m’arrive de faire des raccourcis comme celui qui consiste à vous assimiler sans votre avis à un croyant catholique.

Cela à deux origines, d’une part vous êtes arrivé à moi dans la foulée de Tugdual Derville qui est, selon moi, aux catholiques ce que Tarik Ramadan est aux Musulmans, mais surtout vous avez une vision dogmatique qui est celle que je retrouve chez tous les croyants et qui est exactement l’opposé de mon système de pensée.
Vous assimilez des conventions humaines issues de la concertation, tels que les droits de l’Homme, à des dogmes absolus qu’ils ne sont pas. Même si je les respecte et les pense justes, je ne m’interdis pas, ni aux autres, de les discuter ou de les compléter.

Enfin je pense qu’une grande partie de votre position globale vient de la pensée et de l’éducation catholique et cela se ressent, mais démentez-moi, si je me trompe.

Pour être très franc, malgré ce raccourci, j’essaye de ne jamais confondre quand j’argumente ou réfléchis ce que je sais de ce que je crois, et quand je ne suis plus dans le rationnel mais dans l’intuitif, je le signal en parlant de poésie.

De la même manière, vous me comparez à des esprits que je n’entends pas concurrencer, en oubliant un élément factuel extrêmement important, vous comme moi bénéficions d’un savoir humain, qui s’est forgé à plus 90 % de son contenu dans le dernier siècle. La terre d’Aristote était plate et les fins du monde étaient des déluges ou tempêtes dont la météo moderne donne des probabilités centenaires ou bicentenaires pour n’importe quel point du globe. Et les invasions de criquets y étaient malédictions divines.

La nôtre est ronde, les continent y dérivent, les montagnes disparaissent. Nous y sommes, au moins, le troisième grand règnes animal connu et attesté (succédant sans doute à d’autres plus incertains). Après les précambriens, les grands reptiles, nous voilà mammifères supérieures.
Les fins du monde y sont des météorites géantes et des volcans, qui plongent la sphère dans des hivers de plusieurs millions d’années.

J’ai pour ma part été sur quatre des cinq continents plusieurs fois et quand je me réveille la nuit, j’ai des émissions de télé qui m’expliquent la mécanique quantique, la vie des Inuits, l’Egypte, la théorie des super-cordes…
Tous ces savoirs et techniques acquises récemment relativisent la pensée passée.

Contrairement à ce que vous dites, ce sont aussi avec ces savoirs nouveaux disponibles que je mesure mes propres théories et que je sais qu’elles sont en phase avec beaucoup des phénomènes que je croise.
Le finalisme du vivant dans un univers inerte non finaliste, la logique Darwinienne, les mathématiques du chaos, les symbioses et les fractales que vous retrouverez dans mes écrits, sont des outils très puissants pour comprendre le monde de ce XXIème siècle.

Sur la relativité du bien et du mal, nous ne nous sommes pas compris. La naissance du bien et du mal avec la finalité de la vie le rend relatif à l’individu, aux groupes et à l’espèce dans son expression la plus simple.

Pour illustrer de manière trivial ce point, je vous dirai que la montagne se moque de grandir ou de s’éroder, le nuage de pleuvoir ou de se dissiper, ils sont dans des logique causales.
La souris va elle vouloir sortir du piège qui l’affame, parce qu’elle est finaliste, elle vie et veut vivre par but.
Le pissenlit reproduit des graines volantes, parce que cela fonctionne, cette action à un but même passif, il associe une mémoire à une action utile pour la plante, elle est finaliste.

Leur « bien » d’être vivant est de perdurer et de s’adapter si le milieu change.
Vous pourrez poursuivre ces test théoriques sur tous les éléments que vous rencontrerez et vous aurez une différence essentielle entre le vivant et l’inerte.

Pour revenir aux fins du monde, le géo-croiseur qui percute la planète n’est pas finaliste. Il est probabiliste avec une périodicité de 65 ou 70 Millions d’année et de logique causale.
Il n’est ni bien ni mal, et encore moins punitions.

Dans nos sociétés humaines complexes, le bien et le mal, sont plus durs à définir parce qu’ils ont des nuances sémantiques d’une part mais aussi et surtout parce qu’ils sont en relation avec des actions complexes, ils ne sont plus relatif, à l’individu, ni au groupe, ni…
L’Homme ayant une intelligence qui lui démultiplie son finalisme, ils sont relatifs au but poursuivi et ensuite à sa réalisation et à la modification du futur que l’action à apporter.

Vous pensez l’acte de tuer mal de manière absolu, mais force est de constater que les deux bombes atomiques qui ont explosé ont mis un terme à la deuxième guerre mondial. Les morts individuelles un peu oubliées, le changement de futur apparait finalement aujourd’hui atteint, au point que même le pays victime est devenu un allier du pays ayant largué les bombes !
Inversement les camps staliniens ou nazis, qui n’étaient que torture et haine auront du mal à passer pour positif, chez n’importe quel être au jugement équilibré.
Dans une pensée finaliste construite intelligente le jugement est relatif au but poursuivi puis atteint.


Pour en revenir à la fin de vie : « vous me "demandez de ne pas [] poursuivre celui qui [vous] aidera a partir".mais Si le bien et le mal sont relatifs, au nom de quoi me demandez vous cela ? Si le bien et le mal sont relatifs, vous ne pouvez rien me demander, je ne peux rien vous demander. »

Je peux vous le demander parce que c’est votre vision absolue du mal qui vous le fait juger, pas la portée de son acte. Lui a juste aidé quelqu’un destiné à mourir dans la souffrance à partir sereinement.
Il ne tue pas pour son plaisir, ni pour un gain personnel, uniquement pour éviter les douleurs et la peur de l’agonie. Il est mon bienfaiteur et je vous demande de ne pas projeter vos valeurs dogmatiques sur son acte qui est un acte d’amour et de bonté qui a mon accord.

Pierre Kéliam

laguerie mathias 14/12/2013 20:01

Pierre,

Merci pour ces echanges.
je constate comme vous que nous ne sommes pas d'accord.

Je vous confirme que j' aprecie la cohérence de votre pensée. Il est en effet rare de trouver un athée qui, tel le philosophe Flores d'Arcaïs, pousse la cohérence de sa pensée athée jusqu'au refus du caractère absolue des droits de l'homme.

Pour autant je voudrais revenir sur 2 choses.

La première étant le procès que vous semblez faire a mon argumentation. En effet vous reliez mon argumentaire a ma religion. Je n' ai pas souvenir avoir utilisé autre chose que la philosophie. Jamais un argument théologique, issu d' une quelconque révélation. Il me semble peut-être un peu trop facile d'imaginer que seule votre pensée serait rationnelle. Cela serait un affront aux philosophes tout aussi rationnels que vous que sont Aristote, Bergson et autres métaphysiciens.
Je vous invite donc à lire ces philosophes. Vous y trouverez une pensée tout aussi logique et rationnelle que la votre. C' est d'ailleurs Aristote qui le premier, pour les besoins de sa philosphie , édicta les règles de logique.

Second point, si votre pensée est en effet cohérente et logique, elle me semble surtout déconnectée du réel. Et là, ma formation scientifique se rebiffe ! Une theorie , quelque soit son niveau de rigueur, ne vaut que si elle se confronte à l'expérience, au réel. On connait bien le père du rationalisme : Descartes. Ses pensées métaphysique sont d'une logique mathématique. C'était d'ailleurs un grand mathematicien. Mais malheureusement aucune de ses théories n'ont pu être confirmées par l'expérience. L'histoire retient donc de Descartes sa philo, ses maths, mais pas sa physique.
Pourquoi affirme-je que votre pensée n'est pas réel ? Votre théorie : "le bien et le mal [] sont des valeurs relatives a l'individu ou au groupe d'individus".
Ce que vous vivez, qui est en contradiction avec votre pensée : vous me "demandez de ne pas [] poursuivre celui qui [vous] aidera a partir".mais Si le bien et le mal sont relatifs, au nom de quoi me demandez vous cela ? Si le bien et le mal sont relatifs, vous ne pouvez rien me demander, je ne peux rien vous demander. Je traduits donc ce que vous vivez : vous pensez qu'il serait mal de poursuivre "votre aide a partir" et vous voulez m'imposer cette pensée parce que vous pensez qu'elle doit s'imposer a tous. Vous pensez en réalité que ce mal n'est pas relatif puisque vous voulez que cette pensée s'impose a tous.

Votre pensée, si rigoureuse soit elle, na jamais été appliquée, même par ceux qui l'ont défendue ; j'en arrive donc a croire que si elle n'est pas appliquée c'est qu'elle n'est pas applicable, car irréelle.

Je crois donc que je vais rester sur Aristote, Thomas d'Aquin ou Tresmontant, car non seulement leur philosophie est rigoureuse mais elle se veut réaliste.

Bien a vous, et au plaisir d'échanger a nouveau avec vous,

Mathias Laguerie

Pierre Kéliam 14/12/2013 15:13

Tout d’abord, merci de votre réflexion qui se joint en s’opposant à la mienne et me permet de la compléter.
Je vais répondre à votre commentaire mais aussi d’une manière plus globale à l’ensemble de vos remarques sur twitter.

Une mise au point :
Je n’ai pour ma part rien contre les croyants quels qu’ils soient. Je suis laïque et profondément épris de liberté d’actes et de pensées, les vôtres comme les miens.
Je ne polémique avec vous et aussi avec @GGCadoudal @jeanpierredenis @TDerville @DetritusT uniquement parce que ce sont les catholiques (et pas tous) qui ont décidé d’intervenir dans le droit laïque après le vote de la loi pour interdire la liberté de mariage et le droit de mourir dans la douceur et dans la dignité.
Droit que personne ne leur demande de promouvoir ni de s’appliquer et qui ne les concerne donc pas.
Comme ces positions blessent des gens que je connais et me blessent aussi, moi, qui n’ai pas l’intention de faire subir mon agonie à mes proches, je m’oppose à vous.

Ensuite, la préexistence de la morale est un sujet philosophique passionnant car elle est sous tendue par l’existence d’un bien et d’un mal identifié.

Mon intuition personnelle m’a conduit dans le chemin opposé de mon père qui était un croyant tolérant. J’ai gardé la tolérance et remisé la croyance.
Et il y a peu, j’ai décidé de confronter mon intuition qui n’était qu’une croyance comme la vôtre à un certain nombre de réflexions logiques et rationnelles.

La première réflexion a été d’évaluer les fondements de la croyance et j’ai mis en mot dans ce blog « le paradoxe de religions ». Vous pourrez le lire en détail, si cela vous intéresse.

Le paradoxe du croyant est le suivant :
Je connais des Musulmans, des Juifs, des Catholiques, des Bouddhistes, des Shintoïstes, des Sikhs, des polythéistes, des animistes … et aussi des religions éteintes romaine, grec, égyptienne… et d’autres récentes telles que la Scientologie.
La ferveur de tous ces croyants ne peut pas être mise en doute, et pourtant ils ne peuvent pas tous avoir raison en même temps.
Si une seule religion à raison, la majorité des croyants se trompent. Il est possible aussi que tous se trompent.
La simple logique conduit donc à douter du fondement de la croyance.
Ferveur et vérité ne vont pas de pair.

Une fois rationalisé la portée de la croyance, je me suis intéressé à la différence logique fondamentale qu’implique l’existence ou non de Dieu.
La différence binaire entre les deux hypothèses repose sur une notion simple : Le Finalisme.

Si Dieu existe, l’univers est finaliste, s’il n’existe pas, il ne l’est pas.
La différence entre les deux est donc une logique soit causale, soit finaliste.

Là, encore je vais directement à la conclusion, c’est un raccourci mais ce n’est pas une facilité, la réflexion qui m’a conduit à cela est en réalité un long roman que j’ai écrit sur la genèse de la terre. La conclusion est que le finalisme apparait dans l’univers avec le vivant.

L’inerte suit une logique causale. Le bien et le mal n’existent pas dans les mouvements de l’univers, des planètes ou de la lune, ni dans le tellurisme terrestre mais dès la première cellule vivante, la reproduction devient un but. Le vivant est finaliste par nature, c’est ce qui le distingue de l’inerte.

Et ce qui est intéressant avec cette découverte du changement de logique, c’est que vous y trouvez aussi la naissance du sens et avec lui du bien et du mal.

Dès que le vivant vit, il donne du sens au milieu. Tout ce qui même à la vie, la reproduction, la nourriture devient positif. Tout ce qui empêche la vie, la blessure, le toxique, la mort devient négatif. Mais déjà ces notions pour être communes au vivant, sont relatives dans leur valeur à l’espèce et à l’individu.

Toute la suite évolutive du vivant n’est que complexification de cet état initial. Le bien et le mal se divise en nuances sémantiques, le finalisme devient volonté puis progressivement intelligence. En même temps que les pluricellulaires se spécifient et que les niches s’ouvrent à eux

L’évolution est toujours l’interaction des deux logiques causale et finaliste, et il y a des extinctions massives, dues à des rencontres hasardeuses avec des météorites massives, au volcanisme, au tellurisme et des reconquêtes du vivant par des mutations qui deviennent non plus hasardeuses mais pré-enregistrée, finalistes.

L’homme avec son intelligence évoluée qui peut coordonner, échanger, calculer apparait bien tard dans cette histoire évolutive, et Dieu n’apparait qu’avec lui. Ce qui est intéressant avec l’homme, c’est que son intelligence elle-même est évolutive. Il additionne les questions, les réponses et les techniques et savoirs.

L’homme occidental véhiculé n’est sans doute pas plus intelligent que le Romain antique, il profite des spécialisations de l’intelligence collective de son groupe.
L’intelligence mais aussi l’éthique du groupe.
Force est de constaté que les valeurs, changent, avec les ethnies et les associations qui peuplent la planète et dans les pays libres comme le nôtre, au sein même du groupe.

Vous-même, Mathias, qui m’interpelez ici avez une grande partie de vos pensées qui vous viennent de votre groupe humain. Vous ne les remettez pas en cause par ce que ce sont des valeurs que vous partagées et acceptées comme innées, alors qu’elles sont acquises. La différence est qu’elles ne sont pas acquises par vous mais par votre groupe humain. Et c’est ainsi, qu’elles vous paraissent innées, elles vous ont préexistées.

Ceci posé, je peux maintenant répondre à vos remarques :

Le bien et le mal existent-ils, la réponse est oui, mais ce sont des valeurs relatives à l’individu et aux groupes, ce qui est bien pour moi n’est pas forcément en accord avec vos valeurs. L’assassinat qui est péché capital, devient bravoure quand il libère du nazisme.
Accepter la fin de vie comme une chose naturelle et utile à l’espèce, n’est pas bien ou mal, c’est juste une approche philosophique différente de la vôtre.
Mon suicide en fin de vie pour éviter la décadence de mon cerveau et de mon corps est mon droit d’être vivant.
Je ne vous demande pas de le faire vous, juste de ne plus m’interdire d’avoir accès à une aide et un médicament adapté indolore et, surtout, de ne pas poursuivre celui qui m’aidera à partir à ce moment.

Est-ce que Dieu se cache dans la logique causal de l’inerte et le hasard qui a généré la vie. Je ne peux tout simplement pas répondre à cette question. Dieu existe peut-être. La logique et la connaissance ne permette pas de le savoir.

Simplement la logique du hasard s’oppose à la logique finaliste. Le hasard, n’est pas l’inconnu comme vous semblez le penser. Il obéit à des lois probabilistes, pour qu’il puisse s’appeler ainsi, il doit avoir le même nombre d’essais de toutes les combinaisons après un nombre d’itération en rapport avec le nombre de combinaison possible.
(Si le double six sort toujours, c’est que les dés sont pipés !)

A cause de ces règles, le hasard est le contraire du déterminisme ou du finalisme. On ne sait jamais ce qu’il va faire, mais on sait qu’il essaiera tout.

Je soupçonne personnellement que le téllurisme de notre planète est un creuset d’alchimie qui permet de tenter des constructions et des assemblages aléatoires infinis qui ont conduit au vivant, mais j’utilise sciemment le mot d’alchimie, parce que j’entre là dans la poésie, je ne suis plus dans la science.
Cette poésie me permet de vous dire qu’en l’absence de dieu, l’intelligence humaine devient l’astuce qu’à trouver l’univers inerte pour s’admirer et se comprendre lui-même.

Et tout cela pour vous amener à comprendre, vous Mathias et tous les croyants de quelques religions qu’ils soient, que votre croyance sur des valeurs que je ne partage pas ne m’est pas opposable.
Et dans un état laïque, vous avez parfaitement le droit de vous faire entendre mais vous devez aussi écouter et accepté le vote majoritaire, comme je le fais, moi, même quand cela ne me convient pas.

Pierre Kéliam

Mathias 13/12/2013 18:55

@PierreKeliam
Vous vous doutez bien que Darwin ne me laisse pas indifférent. Je vous remercie donc pour cette bonne lecture.

Et pourtant, j'y vois au moins 2 écueils dans les quels certains philosophes modernes tombent en faisant dire à cette théorie ce qu'elle ne peut pas dire : l'argument téléologique serait infirmé par le hasard darwinien.

"le vivant évolu[e] SEUL par l’erreur, le hasard et la sélection de l’erreur utile." citation de Pierre Keliam ;-)

1er écueil : la définition du hasard scientifique (Se dit d'une expérience dont l'observateur est dans l'impossibilité de prédire le résultat). Qu'est-ce que le hasard scientifique, sinon l'incapacité qu'à la science à prévoir l'effet d'une cause. La science avoue ici seulement sont impuissance à décrire le "comment" de chaque phénomène. Elle est donc a fortiori incapable de dire si le vivant évolue SEUL.

2nd écueil : le hasard "expliquerait" COMPLÈTEMENT le phénomène. il me semble qu'il n'y rien de plus faux. Il lui manque de résoudre la question ontologique : "pourquoi existe-il quelque chose plutôt que rien ?". Dans le cas de Darwin, la question ontologique pourrait être : même si le vivant est le résultat de phénomènes hasardeux réalisés sur la matière, pourquoi la matière peut prendre la forme (au sens d'Aristote) du vivant ? Parce que pour constater un phénomène aléatoire en ACTE, il faut bien que la matière soit en PUISSANCE ce phénomène. Le vivant n'agit donc pas SEUL -par l'erreur, le hasard et ...- mais également avec sa FORME "prévue" de tout temps.

Pour finir, Darwin n'a aucun impact de l'argument sur la Cause première, ni de l'argument ontologique.

Bien à vous,

Mathias Laguérie