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Portrait : Le petit Charles

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SECTION Nouvelles, Journal et portraits intime

 

Le petit Charles

 

Il était une fois un petit garçon prénommé Charles.

Le petit Charles était arrivé sur le tard dans une famille d’une vieille lignée bourgeoise de noblesse Française. Il avait été élevé dans le culte traditionaliste tridentin.

 

A douze ans, fils unique, il se plaisait plus avec les adultes qu’avec les enfants, mais un des endroits qu’il préférait était sa chambre. Seul au milieu du manoir familial, il y imaginait sa vie comme un jeu d’échec, où chaque personne avait une trajectoire et où il influait sur ce qu’elle faisait en ordonnant comme le petit roi qu’il était.

Il avait l’échiquier de la maison, l’échiquier de l’école, celui des repas de famille…

Comme le village était petit et que le collège était loin, ses parents ont eu l’idée de l’envoyer en pension à la ville. Là-bas, loin, il y avait un grand collège-lycée catholique réputé et lui aussi traditionaliste.

Dans le pensionnat des garçons, très bourgeois, les enfants étaient placés en chambre de deux. Charles y rencontra Brieuc, son ami de chambrée

 

Tout naturellement, en sixième, isolé de l’affection parental, tous les deux découvrirent qu’il était amusant de se faire des câlins comme les grands et de jouer à deux avec le corps de l’autre dans l’intimité de la chambre.

En cinquième, le copain de chambrée s’appelait Aurélien. Charles apprit qu’il avait les mêmes jeux. En fait Charles était vif d’esprit, il a très vite assimilé que tous les gamins de l’internat ou presque s’amusaient ainsi le soir dans le secret des chambres.

Et dans ce très noble établissement huppé, c’était très amusant de trouver du plaisir avec les copains. Ce n’était pas vraiment de l’homosexualité, c’était des jeux interdits de gamins innocents, éloignés de leur famille et un peu laisser à l’abandon par les adultes.

 

Au lycée, il a découvert les filles, il les a beaucoup aimées aussi.

Très beau gosse, il y a appris à avoir une façade hétéro le jour et des jeux plutôt homo la nuit et ils étaient nombreux à faire comme lui. A presque 17 ans, en vacances à la mer avec ses parents, il a rencontré un homme de douze ans son ainé. Ils ont discuté de tout et de rien, Charles et lui ont parlé des heures et des heures

Ce n’est pas l’homme qui a attiré l’adulescent, c’est le contraire.

 

Moi qui affirme toujours que ce sont les adultes qui sont responsables des enfants et jamais l’inverse, il m’a fallu cinq mois d’échange et d’écriture avec Charles pour le comprendre et l’accepter. Je maudissais la faiblesse de cet adulte et Charles m’expliquait doucement qu’il était lui simplement tombé amoureux de cet homme, qu’il était allé le voir et l’avait dragué.

Je crois que ma très longue incompréhension l’a un peu blessé.

 

18 ans, année du bac, du permis et de tous les excès. Drogues, alcool, sexe, conduite à tombeau ouvert, Charles a essayé tous les moyens de se suicider dans la violence. Jusqu’à 19 ans révolu, pendant tout ce temps, il n’a pas réussi à s’accepter homosexuel et s’imaginer le dire à ses parents, à sa famille lui a noué les tripes et l’a torturé.

A 19 ans, il a retrouvée Marie, une amie de la dernière année du lycée.

Marie était plus qu’une amie.

 

C’était une fille magnifique. Quand elle était arrivée au lycée en milieu d’année de terminale, Charles avait été ébloui, comme tous ses camarades.

Elle avait un an de plus que lui et pour cause. Une malformation de l’utérus lui avait offert trois fois deux mois d’hôpital et fait retaper l’année de terminal.

Guérie, pour oublier la maladie, ses parents lui avaient fait changer de lycée.

 

Charles et Marie s’entendait extraordinairement bien. L’année de plus de Marie, permettait de contre balancer le caractère naturellement dominant de Charles. Mais Marie était lesbienne, Charles le savait. Il savait aussi que dans ses opérations, les médecins, pour la sauver, avaient dû casser la boite à fabriquer les bébés.

Un soir, après l’obtention du BAC, Marie a invité Charles à boire le champagne pour fêter ça, elle avait la maison des parents disponible. Charles pensait se rendre à une fête de classe, en fait il était le seul invité.

Dans cette nuit de partage et de douceur, Marie lui a offert sa virginité.

Ils se sont revus plusieurs fois chacun ayant sa vie séparée. Pendant un an, Marie a vu Charles cumuler les bêtises, les accidents de voiture, les prises de risque, les comas éthyliques ou venant d’autres substances

 

L’été venu, ils sont partis tous les deux à la montagne, 3 semaines à vivre en couple, sans excès, à randonner, à parler, à faire du vélo, à nager. Quand ils sont revenus Marie qui conduisait a déposé Charles chez Marc, l’homme dont il était amoureux rencontré 2 ans avant.

Charles s’est remis à fond aux études qu’il avait réussi à ne pas lâcher.

 

Quand j’ai connu Charles, il avait 21 ans. Il m’a écrit un agréable compliment sur une nouvelle, je lui ai répondu, il m’a répondu. Très vite, nous sommes entrés en correspondance régulière. Comme je partais voler en parapente trois semaines en famille et que lui s’ennuyait dans son bureau, je l’ai emmené avec moi.

Pas physiquement, non, nous échangions de six à vingt mails par jour. Je lui décrivais mes vols, la vallée magnifique, le lac transparent vu d’en haut, le jeu de suivre un rapace qui vous montre un thermique, ou de fredonner le concerto d’Aranjuez en se laissant glisser tout doucement au-dessus des vaches, des maisons, des voitures et de la vie des gens. Je lui parlais des petits châteaux de taille enfantine de ma vallée chérie où les hameaux ont tous le nom de leur ancien seigneur accolé au mot « Vielle » synonyme haut-pyrénéen de « village ». Cette vallée où on peut boire l’eau des rivières.

 

Lui me parlait de ses craintes, de son père avec qui il était fâché, de sa mère qu’il adorait qui était toujours aimante mais avec qui il ne pouvait que difficilement parler de Marc qui était devenu son compagnon, son amant et qu’elle ne voulait pas ni voir ni entendre. Il me parlait de ses dizaines d’échiquiers, ces carrés cloisonnés les uns des autres, où il écrivait sa vie, ses vies.

En me projetant au même âge que lui, je lui ai parlé du désir d’enfant que j’avais. Sa réponse m’a peiné, pas pour moi, pour lui : « les enfants sont des monstres qui déçoivent toujours les parents qui les ont conçus ». L’exact contraire de ce que je pense mais je savais pourquoi lui pensait ça.

 

En septembre, mes deux ainés quittaient la maison, l’un pour une grande école, l’autre pour le Japon. Presque concomitamment, mon père m’appelait pour me dire que ce qu’il avait pris pour une hépatite médicamenteuse due aux soins de son Parkinson était en fait un cancer du pancréas.

Les renseignements que j’ai pris, lui laissaient 6 mois à vivre.

Mes deux garçons adorés tuaient leur père et le mien mourrait.

J’ai expliqué à mes sœurs que j’étais content néanmoins que mon père ne meure pas de la lente agonie de Parkinson. Nous reparlerons un autre jour des plaisirs la fin de vie.

 

Charles était là, son âge le plaçait exactement entre mes deux fils que je devais laisser partir faire leur vie. Nous nous sommes raconté l’un à l’autre dans tous les secrets de notre vie, de nos vies plutôt. Moi, j’en avais eues plusieurs l’une à la suite de l’autre. Charles en avait plusieurs en même temps, ses échiquiers. De régulière notre correspondance est devenue addictive. Nous passions notre temps à échanger, c’était comme tout twitter mais à deux.

Deux heures sans relance de l’autre dans nos conversations étaient une douleur que nous partagions

 

Des joies de Charles, et de sa chance aussi, je vous parlerai de celui que j’appelais son tonton pognon. Rien qui ne doive vous inquiéter, un homme du monde de ces vieilles familles que vous connaissez si bien. Il avait une fortune colossale, des idées royalistes d’extrême droite, fréquentait les clubs extrémistes des plus à droite de la droite des cathos. Un homme d’affaire de l’ombre.

Bref un homme comme je les aime !

 

Tonton avait une fille, mais voilà, il avait divorcé très tôt et était en conflit avec son ex-épouse. Comme beaucoup d’hommes qui lui ressemblent, n’étant pas sûr à 100% de sa paternité ou n’ayant pas trop envie de la reconnaitre, il s’est mis à se préoccuper de près du fils de sa sœur, qui lui, il en était sûr, était de son sang, de sa lignée. De plus, c’était un garçon, ce qui pour un légitimiste, adepte de la loi Salique qu’il voulait réinstaurer, est une qualité inestimable.

 

Tonton pognon connaissait l’existence de Marc mais Charles n’en parlait jamais, il savait que ce n’était pas à débattre avec cet homme. Non, quand tonton pognon invitait Charles à fumer un cigare avec un cognac et à discuter le soir dans son riche bureau ou dans un bon restaurant de la ville, il lui expliquait la vie des affaires de vieux loup à jeune loup.

Il le préparait.

 

Dans sa vie à la ville, au bureau, vis-à-vis de ses collègues Charles était célibataire hétéro.

A la fac où il suivait les cours pareillement

Ce n’est que le vendredi soir quand il regagnait le bucolique petit village où il avait le nid de son triple, depuis quelques années, dans la maison de Marc, qu’il devenait ouvertement et aux yeux de tous, le compagnon de Marc et de Marie.

 

Comme je vous l’ai dit, moi qui suis avec la même femme depuis 26 ans, qui crois être assez tolérant et libre penseur, il m’a fallu cinq mois d’échange pour comprendre que c’était ça, le bonheur de la vie de Charles, que Marc homme fin, raffiné, prévenant et intelligent de 12 ans son ainé, soit son compagnon.

Il lui apportait l’équilibre, l’affection, la douceur et la force.

 

Charles me ressemble énormément, mais élevé dans la solitude, il n’a pas le même rapport affectif aux autres. Tous les deux, nous savons que nous nous lassons des conversations, des sujets futiles répétés. Mais là où moi je me retire en essayant de rester prévenant, l’enfant unique qu’il est, peut devenir très dur et cassant. C’est un loup sauvage là où je suis un chien affectueux. Il n’a pas non plus de désir d’enfant pour avoir les buts que moi j’avais à son âge. Le plaisir que j’ai trouvé en m’intéressant à des objectifs successifs de constructions, construction de vie, construction de famille, construction de maisons, il le trouve dans sa double ou triple vie. Il en a besoin, il est ainsi.

 

Mais le malheur de Charles vient aussi de son bonheur. La famille qui va lui permettre de devenir un homme influent de son milieu, et croyez-moi ce garçon va les éblouir, la famille, la lignée donc, est toute de la couleur de la droite de la droite des cathos, celle de LMPT d’aujourd’hui. Et dans ce milieu, Charles devra vivre caché, Marc n’y existe pas et Marie y est tolérée dans l’ignorance de ce qu’elle est.

Dans les réunions de famille, où une à deux fois l’an tous les cousins, cousines, oncles, tantes se réunissent, Charles emmène celle qu’il appelle avec humour son alibi, Marie.

 

 

Et pourtant, le nid de Charles, Marc et, parfois, Marie est un nid qui pétille de vie. Tous les trois ont des amis et les week-ends sont des fêtes parfois tumultueuses, parfois plus studieuses mais toujours joyeuses. A deux, à trois ou à dix ou quinze, ils sortent, se retrouvent au bord des piscines des uns ou des autres. Ils sont jeunes plein de vie et vont à la montagne et à la mer ensemble. Il suffirait de les laisser vivre, pour que ces enfants soient heureux.

 

Le jour de l’an qui a suivi notre rencontre était un grand écart mental entre les deux correspondants qui partageaient leur vie, les amis, les confidents affectifs que nous étions. Lui s’était octroyé un congé de trois semaines de fêtes continues, moi j’entrai dans l’année que je savais être celle que mon père ne terminerait pas. Le bonheur de Charles était une bouée à laquelle je m’accrochais.

De temps en temps, je recevais un message m’informant de l’état dans lequel se trouvait ce fêtard.

 

Pour mes vœux, je me suis placé en père la morale, ce que je savais qu’il n’appréciait pas, en lui souhaitant de réussir brillamment ses examens qui l’attendaient à la rentrée de la fac.

La réponse que j’ai reçue a glacé le père que je suis. Il m’a annoncé avec la violence qu’il savait avoir parfois, qu’il avait renoncé à continuer et qu’il était allé se désinscrire de l’université la veille.

J’ai compris d’un seul coup que les deux milles messages que nous avions échangés, ces longues lettres de discussions sur tous les sujets dont nous pouvions débattre, ce moyen que nous avions trouvé pour assouvir notre soif de connaissance de la vie l’un de l’autre, avait été chronophage au détriment de ses études.

 

Nous voulions tellement nous éblouir l’un l’autre que nous ciselions nos pensées et ses lettres et ses textes si beaux, avaient englouti une partie de sa vie.

Charles était un enfant pour moi, pas le mien mais il fallait que lui aussi tue le père, comme les deux autres.

Je lui ai donné matière à me claquer la porte de la boite mail qu’il m’avait dédiée, sur le nez. Avec son caractère et son orgueil d’enfant unique, cela a été très rapide. Je pense que lui aussi a eu la même prise de conscience que moi : J’étais son échiquier de trop.

 

Dans les jours qui ont suivi, j’ai vérifié si sa rage avait été jusqu’à abattre l’arbre de la toile où nous accrochions nos feuilles couvertes de mots. Il n’avait pas été jusque-là, il n’avait pas coupé notre lien, cette boite mail qui n’existait que pour moi.

 

Ce n’est jamais simple de perdre un ami, c’est une douleur et une souffrance.

Là, ma raison me disait de disparaitre, mon cœur meurtri du travail de perdre mon père refusait que je perde cet enfant devenu mon confident, pas le confident de mes douleurs que je lui cachais, on n’enquiquine pas les enfants avec des douleurs d’adulte, celui de mes joies, de mes bonheurs, qu’il me permettait de décupler en lui faisant partager.

 

J’ai donc repris l’habitude de lui écrire mon journal, et de l’accrocher aux branches de notre arbre de rencontre, la boite mail que nous avions en commun, un arbre que je voulais fleurir de mots.

Cela restait un plaisir de savoir qu’un jour de curiosité, de nostalgie, il tomberait sur ces lettres. C’était aussi pour moi un moyen de faire le point.

Bien que je connaisse tout de Charles, de sa vie, de ses amours, de ses angoisses, je n’avais de lui qu’un prénom, un mail anonyme et le nom du village de son nid sans savoir, s’il m’avait donné le vrai.

 

Un jour de juin, alors qu’une de ces tempêtes que ma femme sait si bien agiter pour animer notre vie de couple, soufflait en tornade, je décidais de faire un crochet sur mon trajet. C’était un de ces villages magnifiques que la France cache dans ses forêts, le long de ses fleuves entourés de collines verdoyantes. J’ai visité le château. Par ce que je connaissais de Charles, de ses habitudes, j’avais mille moyens de lui laisser un signe de mon passage ou de questionner les gens pour le trouver, aucun de ces moyens ne m’assuraient l’innocuité et il était hors de question que l’adulte que j’étais, ne perturbe quoi que ce soit de sa vie.

J’ai donc été me balader et le soir à 18 heures, je suis allé m’acheter un pique-nique, comptant dormir dans un très jolie coin de nature, que j’avais découvert au bord de l’eau, avant de reprendre la route à la première heure.

 

Dans l’unique et minuscule supérette du village, pendant que je passais en caisse, j’ai vu entrer deux hommes dont l’écart d’âge et l’âge apparent étaient exactement ceux de Marc et Charles. Je ne pouvais m’empêcher de les regarder. Ce qui émanait de ce qui ne pouvait être qu’un couple d’hommes, c’était l’extraordinaire prévenance que chacun des deux mettait à s’assurer de l’assentiment, du désir de l’autre, en choisissant chaque produit. Ils rayonnaient d’un bonheur simple d’être ensemble. L’ainé avait une élégance soigné d’homme jeune, sportif, soucieux de sa personne, le plus jeune ressemblait à un de mes fils en vacances, mal rasé, légèrement débraillé. L’insistance de mon regard a capté celui de l’ainé, je me suis rapidement détourné. Marc ne connaissait pas mon existence et surprendre Charles à ce moment, si c’était lui, aurait été la pire des choses que je puisse faire pour lui, pour marc et pour le magnifique bonheur que je voyais.

 

Je suis allé rejoindre ce splendide coin de verdure que j’avais repéré. J’ai mangé et installé mon duvet. Avec mon smartphone, j’ai écrit dans notre arbre de rencontre où j’étais et que je n’étais pas contre une invitation pour le petit-déjeuner même si je savais qu’il ne buvait pas de café mais de l’eau citronné !

 

Il me reste encore quelque part, une âme d’enfant, je dois la nourrir de rêve.

 

Sur l’autre rive, une montgolfière glissait dans la brise, avant de se poser dans les dernières lueurs du jour. J’ai très bien dormi. Le matin, je taillais la route.

 

Fin août, je n’avais toujours plus de nouvelles de Charles. Les derniers mois de mon père étaient terribles. Dans les angoisses de l’agonie que les médecins ont réussi à prolonger 6 mois de douleur de plus que prévu, il avait des peurs, des angoisses que nous rassurerions comme nous pouvions. J’ai eu l’idée d’écrire une nouvelle titrée « à l’intention de Charles » dans mon forum d’écriture, celui où il m’avait contacté la première fois en lui précisant qu’il avait 150 mails en attente dans notre arbre.

C’était un appel au secours que je déguisais ainsi.

 

Mi-septembre, je recevais un mail de colère de cet enfant, me précisant que ce n’était pas 150 mais 110 mails qu’il y avait et essayant de purger notre dispute de janvier en me rhabillant pour l’hiver. C’était de saison.

Je ne me rappelle pas avoir souvent été aussi heureux de me faire gronder.

Nous avons renoué, mais je lui ai interdit de retomber en addiction. Il vaut mieux que ce soit lui qui gère cela que moi.

Nous avons échangé une dizaine de messages qui ont été l’oxygène de ce funeste mois d’octobre où j’ai demandé à mon père de mourir serein, de se laisser partir doucement sans avoir peur, parce que tout était en ordre autour de lui, que nous étions prêt et que lui, quoiqu’il arrive, dans la vie éternelle ou dans l’extinction de son intelligence, serait après dans le calme absolu.

 

 

Dans ce moment, savoir que Charles était là, qu’il vivait et qu’il était heureux, a été la plume qui ajoutée au réconfort bien solide et dense d’être avec une famille unie et des enfants aimants en bonne santé et plein de projets, a équilibré les plateaux de ma balance et m’a offert quelques sourires.

La mort quand on la sait inéluctable, devient une délivrance de la souffrance de l’agonie, pas une peine.

Moi, elle m’a libéré du deuil qui pendant un an de certitude de son arrivée, m’a interdit, sans que je m’en rende compte, de commencer tout projet.

 

Très rapidement, j’ai rebondi.

 

En ce qui concerne Charles, je savais qu’il fallait que je sorte de sa vie d’adulte, dorénavant rassuré, comme un père pour un enfant, même si notre relation d’amitié intime n’avait rien à voir d’une relation père-enfant. Les dernières nouvelles que j’ai reçues de lui m’indiquent qu’il construit, qu’il avance, qu’il a le moral et me confirme que tonton continue son coaching.

Il lui a mis le pied à l’étrier pour le lancer dans les affaires et, lui, découvre le plaisir de travailler, de voyager, de négocier. De par sa famille, son intelligence et sa fougue, il va devenir un homme riche.

Mais même si faire revivre Charles en mot est un bonheur, il faut que je m’arrête et vous fasses le quitter tout comme moi.

 

Si je vous en ai parlé, c’est d’abord en tant que père, pour que vous compreniez au travers-lui qu’on ne devient pas homosexuel, on l’est. Des copains de jeux interdits d’internat de Charles, la plupart se sont mis en couple homme-femme, et beaucoup manifestent maintenant au côté de LMPT.

Charles lui a découvert alors qu’il préférait les bras d’un homme.

 

L’INSEE nous indique qu’il y a de manière sûre et certaine, au minimum 1% d’homo en France. Beaucoup pensent que ce taux basé sur les couples déclarés n’est pas représentatif et que ce serait plutôt 5, voire 8 %.

Personnellement le taux ne m’importe pas.

Ce que je sais depuis le début, tout comme ma femme, c’est qu’il est possible qu’un de nos enfants le soit.

 

Nous n’avons jamais précédé les questions de nos enfants sur la sexualité et ils ont eu leur intimité et leur pudeur comme nous avons la nôtre. La seule éthique que je leur ai donné à ce niveau est que la sexualité ne se fait qu’entre partenaires éclairés et consentants et qu'à cause du SIDA il faut impérativement se protéger. Ils savent tous les trois qu’ils n’auront aucun problème à s’afficher avec un compagnon du même sexe, si c’est leur bonheur et qu’ils resteront notre fierté.

Mes enfants ne sont apparemment pas devenus homo, mais cela les a sécurisés.

 

Charles lui, a appris à jouer sur des échiquiers cloisonnés. Je crois qu’il n’a même pas perçus au départ le rejet de son milieu pour les homosexuels affichés.

Le cloisonnement s’est fait naturellement, mais au prix de la culpabilité et d’un désir prit pour une influence satanique, d’abord refoulée puis exacerbée.

Arrivée à la majorité, comme des dizaines d’adulescents incapables de comprendre le décalage entre leurs désirs et les notions de péchés qui leur interdisent de s’avouer homos, il a failli réussir son auto-destruction. Il doit sans doute son salut en parti à la personnalité de Marie qui lui a permis de se confier et de voir conforter par une âme sœur, son amour de Marc.

 

 

 

PK